Hello,
Silverado met le doigt sur une question intéressante

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silverado a écrit : ↑22 févr. 2026 09:08
... j'apprécie la qualité et la beauté d'un travail artistique et artisanal, mais pourquoi sur un stylo et pas sur une théière ?
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En effet, les Japonais ont développé et cultivé l'art de la laque en général, et du maki-e en particulier, pendant des siècles, avant de découvrir au début du 20ième siècle le stylo-plume importé de l'occident.
Et donc pendant longtemps les objets laqués décorés en maki-e ont été principalement des objets comme des coffrets en bois ou des natsume.
Les natsume, en raison de leur importance dans la cérémonie du thé, notamment au moment du Haiken (la contemplation respectueuse) ont été, et sont encore aujourd'hui des supports particulièrement utilisés pour le maki-e.
Tous les artistes du maki-e ont décoré des natsume, mais finalement assez peu ont décoré des stylos, même si cela est de plus en plus répandu.
Cependant, c'est par l'intermédiaire des stylos-plume que j'ai découvert le monde du maki-e, et je ne suis sans doute pas le seul.
Et aujourd'hui, je collectionne finalement plus les natsume que les stylos laqués, car la diversité et la richesse des natsume décorés est immense, pour un budget qui reste nettement plus abordable.
Pour rester strictement dans les limites du sujet, voici ma collection de stylo-plumes maki-e :
Pilot Custom 743 "Unkin" (exemplaire unique), Namiki Empereur "Lapins au clair de lune", Namiki Yukari Royale "Martin pêcheur", Namiki Yukari "Poisson tropical", Pilot 100ième anniversaire Fuji Meiji Maru.
J'ai eu la chance de pouvoir dénicher les plus précieux (l'Empereur et le Yukari Royale) à un prix relativement raisonnable il y a plus de 10 ans, via un vendeur qui "dispersait" une collection. Je ne suis pas sûr que ce serait encore possible aujourd'hui.
Mes premiers stylos laqués n'étaient pas des maki-e, mais des stylos laqués urushi en style "tamenuri".
Le tout premier, qui m'a donné le virus de la laque, a été le Platinum Izumo Soratame. Suivi 6 mois plus tard d'un Nakaya Piccolo Kuro Tamenuri.
J'apprécie particulièrement la technique tamenuri qui renforce la beauté de la laque urushi et lui donne un aspect "glossy" et une profondeur uniques

Contrairement à ce que certains craignent, la laque urushi n'est pas particulièrement fragile et ces stylos laqués sont parfaitement utilisables au quotidien si on y fait attention. Du fait de son format compact, j'ai par exemple utilisé pendant longtemps au boulot mon Nakaya Piccolo, protégé dans un étui pour le transport.
Ce qu'il y a bien pour les amateurs de laque urushi, c'est que les techniques employées sont d'une incroyable diversité. Au delà du maki-e, les Japonais ont développé dans quasiment chaque région, en fonction des ressources ou des conditions locales, des styles et techniques spécifiques.
La notion de terroir est importante dans l'art de la laque, et les Japonais ont probablement mis au point pour la laque urushi autant de techniques différentes que la France a de fromages
Les techniques kawari-nuri par exemple, qui consistent grosso-modo à combiner différentes couches de laque urushi de couleurs et/ou textures différentes, avec le cas échéant d'autre matériaux, pour créer des effets de trames ou de textures, remontent à l'époque où on décorait les fourreaux de sabres de samouraï, et on donné lieu à de très nombreuses variantes locales.
C'est l'une de ces techniques kawari-nuri qui est utilisée pour le Sailor KOP Kurenai :
Là encore, il s'agit d'un stylo plume que j'utilise beaucoup. Celui-ci est quasiment toujours encré et sur mon bureau à la maison.
Bon, je pourrais continuer encore longtemps et vous parler d'autres techniques comme le Chinkin, ou de techniques encore plus bizarres comme celle de mon
Pilot Seirei nuri.
Bref, il y en a vraiment pout tous les goûts.
