C'était la fin de l'été dans le jardin de mon frère. Je ne me souviens plus comment, dans le cours de la conversation, je me suis retrouvé en situation de prononcer le mot ”buvard”, mais ça a interpellé mon universitaire de neveu qui, non seulement n'avait jamais rencontré le mot, mais ignorait également l'usage de l'objet.
C'est le genre de situation qui marque le temps qui passe …
Des buvards, j'en ai tant vu passer, du cours préparatoire au CM1 inclus, quand l'écriture au porte-plume était obligatoire. C'était le maître ou la maîtresse qui nous les dispensait, après s'être bien assuré que l'exemplaire précédent était effectivement hors d'usage.
Si, de nos jours, je découvre, via les reproductions des pages publicitaires des magazines pour la jeunesse des années 60, qu'il existait des buvards avec de la réclame pour les stylos Bic ou les gommes Mallat, je suis quasi certain que ceux de mon école étaient roses et sans aucun marquage.
Au collège, où j'aimais écrire au stylo-plume, l'objet avait disparu de mon environnement ; Les encres des cartouches Stypen, Waterman et autres Reynolds devaient sécher suffisamment rapidement pour en dispenser l'usage.
Aujourd'hui, avec mon panel de stylos-plume aux débits variés, et surtout avec l'usage de certaines encres pour stylo-plume bien consistantes, au temps de séchage prononcé, je ne m'imagine pas me passer d'un buvard, surtout quand il s'agit de tourner la page d'un carnet pour reprendre rapidement sur l'autre face le fil de sa pensée.
Il se trouve que j'ai rédigé le texte de ma participation à ce SDD mercredi dernier, dans un bar PMU, en compagnie de ma maman de 93 ans qui se régalait de son chocolat chaud, en ce jour pluvieux, tout en me regardant écrire avec le Kaweko Sport Brass dans mon carnet de cuir de la Compagnie du Kraft. Comme elle a fait l'essentiel de sa scolarité avant et durant la seconde guerre mondiale, j'ai eu l'idée de lui demander si, elle aussi, se souvenait d'avoir usé de papier buvard à l'école, en lui montrant la feuille de buvard Canson blanche serrée en permanence dans la petite pochette cartonnée insérée à la fin du carnet.

Réponse :
« Oui, mais ils étaient roses”.
J’ignore exactement pourquoi je conserve mes feuilles de buvard usagées, on dirait du Pollock :
